Mercredi 9 septembre 2009
Voici ma page pour le challenge de ELL intitulé "Lettre ouverte à..." et voici l'intitulé exacte du challenge:
" Aujourd'hui épreuve compliquée : nous vous demandons de rédiger une lettre ouverte à .... qui vous voulez - mais un destinataire vivant - pour lui dire votre
amour, votre peine, votre colère, votre hier ou vos espoirs mais, car il y a toujours un "mais" chez ELL, nous vous demandons de prendre l'engagement d'envoyer réeellement cette lettre à son
destinataire ! serez vous prêtes à relever ce défi fou ??????????"
J'ai intitulé ma page: "Ecris-moi un prénom..."
Crédits photos: Benoît Lange ici
Sans plus de commentaire, voici le journaling:
Bonjour Maman,
Ou plutôt non…Bonjour, inconnue qui hante mes nuits depuis maintenant 27 ans. Car oui, il ne se passe pas un jour sans que je
pense à toi…Pas une minute sans que ces « pourquoi » reviennent inlassablement sans jamais me donner de réponse.
Je ne sais pas très bien m’y prendre quand il s’agit d’écrire à des êtres chers, mais c’est encore pire quand il s’agit
d’inconnus. Car oui, tu m’es chère et chair car ton sang coule dans mes veines, car pendant neuf mois, tu m’a porté en ton sein…. Mais m’as-tu une seule seconde désirée ? M’as-tu aimée ? As-tu
pensé une seule seconde à ce qu'aurait pu être notre vie ensemble? Ou t’es–tu enfui par peur, lâcheté ou pire encore par rejet ?
Si tu veux mon avis, je ne le pense pas…J’ai certes une colère infinie qui gronde en moi à force de ressasser encore et encore
tous ces « pourquoi », mais j’ai aussi un profond respect pour ce que tu es. J’imagine assez bien ce qu’a pu être ta vie là-bas en Inde. Sans le sou, mon père t’a engrossé et s’est tiré et
toi qui ne savais pas comment tu allais bien pouvoir faire pour m’élever. Ou alors, j’aurais été brûlée à la naissance en sachant que j ‘étais une fille et tu as préféré me protéger en te
réfugiant dans l’orphelinat de Mère Teresa pour accoucher. Ou encore, on t’aurait déshérité si ta famille avait su que tu m’attendais…Je ne sais pas, je ne sais plus… Tu as ton histoire et j’ai
la mienne. ..mais elles sont liées qu’on le veuille ou non…
Mais je sais une chose : je ne serais pas en train de t’écrire si tu n’avais pas eu le courage et la force de me quitter dans cet
orphelinat pour que je puisse avoir une vie meilleure. Je me rêve à penser que c’était cela que tu souhaitais pour moi.
Alors, chère inconnue, je vais te rassurer. Je vais bien, j’ai 27 ans, j’ai grandi dans une grande famille en Suisse, je suis
bibliothécaire et j’habite maintenant en France. Je sais que tu voudrais en savoir plus et si possible avec moults détails, mais ce n’est pas le propos de ma lettre. Si je t’écris, c’est pour ne
recevoir qu’une réponse à mon plus grand « pourquoi ».
Le 14 janvier 1982, tu as quitté l’orphelinat trois jours après m’avoir mise au monde. Pendant ces trois jours, tu m’as sans doute
portée, nourrie, bercée et peut-être même dit « je t’aime ».
Quelques années plus tard, j’apprends que ce sont les sœurs de l’orphelinat qui m’ont donné mon prénom. Il est anglais. Elles le
sont aussi…Mais je suis indienne Maman ! Tout comme toi… Alors pourquoi ? Pourquoi n’as-tu pas pris ne serait-ce qu’une seconde pour me donner un prénom ? Aussi moche qu’il puisse être, je
l’aurais accepté car il était le dernier lien qui nous unissait. Et si vraiment tu étais en manque d’inspiration, pourquoi ne m’as-tu pas donné ton prénom ? Je le rêve chantant et
mélodieux, typiquement indien et bien enraciné dans notre culture commune…Tu ne voulais pas t’attacher en sachant que tu allais m’abandonner ? Tu préférais ne pas faire ce choix tout simplement
?
Tu dois te demander pourquoi j’attache autant d’importance à ce foutu prénom. Tout simplement parce que j’aurais eu le sentiment
qu’à chaque fois que l’on m’appellerait, tu vivrais un peu en moi. Parce qu’aujourd’hui, j’ai une identité suisse, mais j’ai peut-être la couleur de tes yeux ou les fossettes marquées comme toi
quand je ris ou alors simplement qu’une toute petite partie de moi est comme toi. Et tout cela je ne le sais pas.
J’ai passé des nuits blanches à mouiller mes oreillers et à me demander ce qu’aurait été ma vie avec le prénom de ton choix.
J’essaie de me dire que cela n’aurait rien changé, mais je crois que j’aurais été fière. Très fière même de ce petit bout de femme qui a fait le pari risqué de laisser une partie d’elle-même dans
un orphelinat en priant pour que son avenir soit meilleur.
Pari gagné Maman ! Alors où que tu sois, quoi que tu fasses, sache qu’avec le temps, toute ma colère sera apaisée. Je te remercie
du sacrifice que tu as fait pour me faire naître à une vie nouvelle.
Une dernière petite chose : je m’appelle Ivy Maman…Ça veut dire lierre en français. Le lierre est une plante qui est certes
envahissante, étouffante et venimeuse mais elle a aussi la propriété de se battre, de grimper toujours plus haut, toujours plus près des étoiles, d’atteindre le but qu’il s’est fixé sans jamais y
renoncer…
Je me raccroche à cette image pour faire de ma vie non pas ce que je crois qu’elle est mais ce que je veux qu’elle
soit…
J’ai tant à découvrir, à imaginer, à rêver et à rendre réel…
Avec toute l’affection ou l’amour que j’aurais aimé te donner…
Ivy
Ps : Tu ne recevras peut-être cette lettre que dans quelques années et beaucoup de choses auront évolué dans nos vies respectives.
Mais ce que je ressens pour toi restera intact et immuable.Je garderai toujours au fond de moi le sentiment
d'entendre ton coeur battre à l'unisson avec le mien.
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